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Interview en Véganie #5 – Aline

avril 28, 2020
végétalienne flexitarienne

Aline est végétarienne depuis l’âge de 5 ans. Enfin pescétarienne. Puis elle est devenue vegan, ou du moins végétalienne. Tout en s’autorisant des « écarts » lors d’évènements sociaux ou d’envie très forte de sushis. Est-elle flexitarienne?

Aline diminue son impact sur son environnement et considère le bien-être animal comme une priorité. La viande a complètement disparu de son assiette depuis l’époque de la cantine.

Cependant elle s’adapte, elle écoute ses envies.  Elle croquera dans un gâteau d’anniversaire qui contient des oeufs si l’esprit festif prend le dessus. Pour autant, vous ne trouverez jamais d’oeufs dans son frigo…

Comment naviguer entre pescétarisme, végétarisme et végétalisme? voici sa vision :

 

Peux-tu te présenter rapidement ?

J’ai 24 ans, j’ai un diplôme national d’arts plastiques, ce qui équivaut à une licence 3 aux beaux-arts. J’ai également une licence de cinéma Paris 1, et 2 Bac +5 : un en master de recherche en cinéma, et en scénario et écritures audiovisuelles, car j’aimerais à l’avenir être scénariste et réaliser des films.

Tu l’auras compris, le cinéma c’est ma passion, ainsi que l’art en général.

C’est également de là que découle ma web Radio Y0dar.

Il y a une semaine encore, je travaillais dans une boite de production de films de fictions mais je suis malheureusement en chômage partiel suite au confinement.

Je suis végétarienne depuis que j’ai 5 ans, et vegan depuis 5 ans.

C’est rare d’être végétarienne si jeune : quelles ont été tes influences ?

J’ai fait le choix d’être végétarienne très tôt effectivement.

Parce que je vivais avec ma mère, qui ne consommait pas de viande.

Elle ne m’a jamais incitée à arrêter, au contraire elle essayait quand même de me faire manger un peu de viande. Mais en fait à la même époque, je mangeais à la cantine, et la viande était extrêmement mauvaise.

C’était beaucoup de gras et d’abats plutôt que des produits de qualité.

Donc je faisais des crises pour ne pas manger. On m’a forcé plusieurs fois à manger de la viande, ce qui me faisait vomir (désolée haha).

Ma mère a pris les choses en main, et a demandé à l’école d’arrêter de me forcer.

Ce choix est né de deux facteurs principaux :

  • Le fait de voir souffrir des animaux : un veau c’est juste adorable, et ça se retrouve dans ton assiette, pourquoi en manger, ça va pas la tête !? (Rires).
  • Et le fait qu’on m’ait forcée à manger de la mauvaise viande, j’ai eu un blocage.

J’ai évincé ces problèmes en annonçant, « je suis végétarienne, et je vous em**rde »

Quel est le positionnement de tes parents ? Tes proches en général ?

Ma mère est plutôt pescétarienne et elle ne m’a jamais encouragé à le devenir. Mais même à 5 ans, j’avais déjà un très fort caractère.

Elle n’a pas insisté non plus voyant qu’il n’y avait rien à faire.

Par contre elle m’a forcée à manger des œufs et du poisson.

Au niveau familial, nous sommes les deux seules à avoir un régime alimentaire différent. Nous avons toujours été un peu marginalisées mais on s’en moque car nous étions deux. Par exemple, pour contrer ma grand-mère qui a été élevée avec des plats à viande type hachis … Être deux permettait d’avoir un peu moins de problèmes lors des repas en famille.

Il y a un aspect auquel on ne pense pas forcément : je viens d’une classe sociale peu aisée. Manger de la viande, ou du moins de la bonne viande, c’est presque un luxe.

Ma grand-mère a son petit plaisir d’aller chez le boucher ou chez le charcutier pour prendre des tranches de jambons avec des cochons élevés en plein air.

Mais concernant le reste de ma famille, c’est surtout du jambon sous vide. Ou du saucisson. Ou autres produits vraiment pas tops.

Est-ce que tu trouves que ça a été un choix judicieux ? As-tu ressenti des manques par exemple ?

Oui, concernant le végétarisme, c’est un choix judicieux. Toutes les recherches qui ont été menées prouvent que manger de la viande n’est pas forcément utile.

Ca peut engendrer des maladies etc.

Je n’ai jamais ressenti le manque.

La vue d’un steak ne m’a jamais attirée.

Au contraire, l’odeur de la viande me dégoute.

D’ailleurs, j’ai connu les premières expérimentations de steak de soja, le tempeh, le tofu etc.

Certaines marques proposent un gout fumé pour rappeler celui de la viande, et pour créer une sorte de subterfuge afin de convaincre des gens.

Personnellement, je n’aime pas du tout ces gouts.

Vraiment, profondément, le gout de la viande me dégoute. Encore une fois je pense que c’est à cause de la cantine.

Comment est-ce que ça a impacté ta jeunesse ? 

Ça ne m’a pas impacté tant que ça.

J’ai peut-être eu des questions à la cantine, mais je ne m’en souviens même pas, ça ne m’a jamais choquée.

J’ai été un peu marginalisée au lycée car j’étais interne pendant 2 ans. L’un des chefs cantinier m’adorait (haha) et du coup il faisait des plats rien que pour moi. Ça a attisé quelques jalousies, mais c’était souvent des jardinières de légumes. Donc rien de fou non plus.

Maintenant que j’y pense, je n’ai jamais fait des pieds et des mains pour convaincre la terre entière de devenir végétarien ou vegan. Je n’ai jamais fait de prosélytisme.

J’ai souvent et rapidement mis fin aux vieux débats « manger de la viande c’est bien, c’est naturel et on en a besoin pour notre constitution ».

Je laissais dire et je partais. Je n’avais pas envie de rentrer dans les gens qui disaient ça.

Et par ailleurs, ceux qui étaient le plus acerbes avec ce sujet, sont devenus entre temps… végétariens.  

Est-ce que tu as eu des suivis médicaux ? 

J’ai eu une période en internat, où j’étais en section sportive équitation.

Je montais à cheval quatre fois par semaine pour 2 à 3h à chaque fois. Je faisais énormément de sport.

A cette période, je tombais malade tout le temps.

Un rhume toutes les deux semaines, des angines, beaucoup de fatigue.

J’ai fait une prise de sang, et on s’est rendu compte que j’étais en anémie totale (manque de fer) depuis assez longtemps.

Mais après un petit traitement de fer concentré, c’est rentré dans l’ordre. 

As-tu déjà mangé de la viande par curiosité pendant toutes ces années ? Est-ce que ça t’a déjà attiré ?

La viande non, jamais. Le poisson oui par contre. Notamment des sushis par exemple.

Je ne sais pas comment expliquer, mais c’est similaire à ce genre de pulsions qu’ont les femmes enceinte avec des envies de fraises par exemple (pardon pour le cliché).

Quand je suis stressée ou fatiguée, je m’autorise à manger de temps en temps, des sushis.

végétarienne ou végétalienne

Crédit photo : Gabrielle Denisse

Si tu as un jour des enfants, est-ce que tu les soumettrais au même régime alimentaire que toi ?

Je pense que chacun doit avoir le choix. Je ne force personne. Par contre, dans l’éducation, je transmettrais des choses.

La transparence sur le lien entre le veau qui gambade et celui de l’assiette par exemple.

Après, j’ai envie de te dire, qu’en l’espace de quelques années, plein de progrès on était fait. On ne va pas se mentir, au début le tofu c’était dégueulasse.

Maintenant, ça s’est amélioré, ça se trouve plus facilement. On n’a plus besoin d’aller dans le magasin bio de niche. Ça coûte moins cher aussi. Nous avons énormément d’alternatives maintenant. Et on n’est pas obligé de manger de la viande. Donc oui si j’ai des enfants je leur proposerai du tofu, des yaourts de soja etc. sans soucis.

Pourquoi es-tu devenue végétalienne (vs Végétarienne)?

J’ai été élevé avec le lait de soja, les yaourts au soja etc. Je connais le goût et c’est une habitude.

Je me suis rendu compte que boire du lait de vache ou manger des yaourts, ça me faisait extrêmement mal au ventre.

Je ne faisais pas forcément le lien. Quand j’ai arrêté d’en consommer, j’ai constaté des effets probants. Donc j’ai arrêté tout ça.

Concernant les œufs, ça faisait déjà des années que je n’en mangeais plus, donc pareil, ce n’était pas très grave.

Je n’en consomme pas personnellement. Après, si je fête un anniversaire, et qu’il y en a dans un gâteau… euh… je ne crache pas sur le gâteau.

Je n’ai pas un problème de conscience sur ce genre de situations.

Disons : je n’achète aucun produit laitier, pas d’œuf, pas de miel etc.

Je n’en n’achète pas et je n’en consomme pas chez moi.

Si tu ouvres mon frigo tu ne trouveras rien de tout ça.

Mais… lors d’une fête ou d’un repas, si ça peut être mal perçu de ne pas honorer un gâteau par exemple : alors j’en prends une part.

Mais comme j’ai des amis extraordinaires, la plupart du temps maintenant ils y pensent et font des recettes vegan spécialement pour moi.

On a aussi la chance de constater que de plus en plus de gens sont aussi au moins végés, ou vegan.

Ça pose beaucoup moins de problème.

Quelle est ta position vis-à-vis du régime omnivore ?

Je suis la preuve vivante qu’on peut se passer de viande, depuis même très jeune.

L’argument « l’homme est fait pour manger de la viande » pour moi, n’a pas lieu d’être.

Je ne sais pas quoi répondre à ces gens-là car en général ils sont assez fermés et ne veulent pas être influencés.

Ou même débattre et écouter tes arguments. J’ai arrêté de perdre mon temps avec ces personnes.

En ce qui concerne l’aspect écologique, on voit bien qu’élever un troupeau de vaches, n’est pas du tout bon pour la planète.

Donc à un moment, on est peut-être en mesure de prendre le temps de réfléchir et de trouver des alternatives.

Selon moi, le monde idéal est un monde sans élevage et sans bétail.

Après, quel est franchement l’intérêt de manger des poules élevées en batterie, si ce n’est ingérer des antibiotiques ? Je ne comprends pas ça.

Je peux éventuellement tolérer les gens qui achètent de la viande dans des AMAP (Ndlr : Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne), ou chez le boucher local pour acheter des produits d’animaux élevés en plein air…

Mais encore une fois, on n’a pas besoin de ça, donc pourquoi continuer ?

Est-ce que ton régime alimentaire a une place importante dans ce qui te défini ?

Ça fait partie de mon identité : ce sont des valeurs écologiques, environnementales, pour le droit animal… Qui sont cohérentes avec qui je suis.

Quotidiennement je ne me dis pas « ah super ! je suis une belle personne car je pense au bien-être des veaux et des moutons ».

Je l’ai intégré depuis longtemps (rires). C’est très prétentieux dit comme ça.

Si je peux me permettre une digression, je te disais tout à l’heure qu’il y a des gens qui voulaient absolument débattre avec moi (mais sans prendre le temps de m’écouter) qui ont pu se moquer des personnes végétariennes, vegan et autres « bouffeurs de graines » (rires). Très bien si ça les fait rire.

A côté de ça, ces mêmes personnes ont changé leur alimentation. C’est un effet de mode. Ils se sont rendu compte qu’arrêter de manger de la viande était devenu « hype ». C’est tout un effet de « boboïsation ».

C’est cool, car la cause a de plus en plus d’adeptes.

A côté de ça, j’ai toujours détesté les effets de mode. Il faut être cohérent et savoir pourquoi tu fais ça.

Ce n’est pas juste pour l’étiquette cool de « ouais, je suis vegan ».

Est-ce que tu as une démarche dans laquelle tu essayes de convaincre d’autres personnes ?

Oui et non.

Plus jeune j’étais passionnée d’équitation. J’étais membre d’une association qui luttait contre la boucherie équine.

C’était la cause qui me tenait le plus à cœur.

Régulièrement j’imprimais des feuilles de pétition que je faisais remplir et que je renvoyais à l’asso. C’était ma manière de lutter. J’avais 7 ou 8 ans.

Je suis un peu nulle pour convaincre les gens. Et sur le constat que j’ai souvent fait : les gens ne veulent pas être convaincus.

Les personnes qui pourraient être influencées, il faut juste leur expliquer, ce n’est pas vraiment de l’argumentation.

Et là on peut en parler, mais ce n’est pas la même démarche.

Ça m’a toujours un peu dérangée : j’ai un ami qui est devenu végétarien du jour au lendemain. Il voulait que toute la planète soit avertie de ce changement et de cette transition. Qui est certes honorable. Mais j’avais l’impression qu’il attendait un diplôme et qu’il voulait rallier tout le monde à cette cause. Il s’y prenait selon moi, très mal. Il diffusait des vidéos de L214 partout sur les réseaux par exemple.

Ce n’est pas en choquant les gens, que tu vas les faire adhérer à une cause qu’ils ne considèrent déjà pas en temps normal.

J’ai l’impression que ça bloque encore plus. Je n’ai jamais fait ce genre d’actions par exemple.

On sait tous que réduire sa consommation de produits animaux est meilleur pour la planète : Quelles sont tes valeurs en ce qui concerne l’écologie ?

Comme je le disais : je viens d’une famille pauvre.

Je n’ai jamais eu de nouvelles fringues de chez H&M, les circuits de fast fashion je ne connais pas. Depuis toute petite, j’ai des vêtements de brocantes, de friperies, … ça va de pair avec une responsabilité écologique. De ne pas surconsommer, pour des besoins qui ne sont pas du tout vitaux.

Sinon, j’ai un abonnement TGV max pour mes déplacements.

Je prends très rarement l’avion. Pendant les grèves j’ai acheté un vélo, et je me déplace comme ça, ou à pied. J’essaye d’acheter en vrac le plus possible.

Mais par exemple si tu veux manger des yaourts de soja : les pots sont en plastiques. Donc j’arrête d’acheter des portions individuelles et je prends des grands contenants. J’achète bio autant que je peux en fonction de mon budget.

Il faut continuer de démocratiser ces mouvements pour que les prix soient plus accessibles. Car pour l’instant ce n’est pas pour toutes les bourses.

Dans le 19ème à Paris, j’avais sympathisé avec des maraichers d’un grand marché. Ils me donnaient régulièrement quelques fruits et légumes en plus. Autant que faire se peut, il vaut mieux acheter local, dans des marchés plutôt que dans des grandes surfaces.

Tu peux nous donner un exemple de « une journée dans ton assiette ? »

Je déteste mettre 1000 ans pour cuisiner pour moi. Je fais des choses simples et efficaces.

Pour le petit déjeuner : Je prends des tartines avec du beurre végétal. J’ajoute un thé ou un grand litre de café (j’ai un problème avec la caféine *rires*). Et un fruit de saison et une portion de yaourt nature.

Le midi : je peux faire du riz avec des légumes et un peu de sauce par-dessus. Ou tout ce qui est féculent : semoule, céréales etc. Je fais souvent des mélanges riz-lentilles. J’ai toujours des pois chiches chez moi pour mettre dans les salades ou faire du houmous.

Parfois je me fais des collations pour le gouter, type banana bread, avec une infusion et un fruit.

En ce moment je ne mange plus le soir…

Que penses-tu de l’initiative Mélanie en Véganie ?

Le site est très cool visuellement. C’est une super bonne initiative de démocratiser ce qui te plait. Je pense que c’est la meilleure démarche à faire. Au moins tu es convaincue, et c’est une proposition : les gens ont le choix d’aller sur ton site ou pas. Plein de recettes font envie et j’adorerais mettre les pieds sous la table et qu’on me serve ça !

 

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