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Interview en Véganie #6 – Juliette (@The_Vegan_Colibri)

mai 5, 2020
the vegan colibri

C’est au tour de Juliette, « The Vegan Colibri » sur Instagram, de participer à l’interview en Véganie. 

« Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! « 

Et le colibri lui répondit : « Je le sais, mais je fais ma part. » – Pierre Rabhi

Depuis quand es-tu vegan? 

Et bien depuis très peu de temps ! 4 mois exactement. J’ai passé le cap au 1er janvier 2020.

Quels ont été les éléments déclencheurs de ton changement de régime alimentaire? 

Il y a eu deux étapes :

  • La première c’est celle du soutient inattendu de mon mari. 

J’avais abordé le sujet du veganisme à de nombreuses reprises mais c’était toujours une source de conflits. C’est une personne issue d’un milieu rural où la chasse et l’élevage font parti du quotidien, je dirais même des valeurs familiales.

Mais mes tirades sur l’alimentation végétale avaient tout de même du faire leur petit bout de chemin car il a suffit que nous regardions « The Games Changers » (reportage Netflix sur les sportifs à l’alimentation vegan – ndlr : bande annonce ci-dessous) pour qu’il me lâche subitement un « Ok je suis partant pour te suivre à la maison ».

J’ai trouvé cet effort remarquable car je pense que la démarche vegan est d’autant plus difficile pour les hommes.

Il y a une certaine « virilité » à manger de la viande pour se construire des gros muscles (je schématise).

J’ai trouvé cet ouvrage incroyable. Au fil de pages, j’avais l’impression de lire mes propres mots. Son approche du veganisme est très intéressante. Le fait de ne pas être un consommateur exemplaire, de le reconnaître mais d’être déterminé à faire de profonds efforts pour contribuer à une société moins cruelle et plus durable.

Je pense que ce livre a parlé à beaucoup de monde. Nous assistons aujourd’hui à une nouvelle catégorie de vegans.

Des individus qui évoluent dans un système capitaliste mais qui développent une conscience éthique et environnementale. L’étiquette vegan n’appartient plus uniquement aux baba cool (on l’emploi encore ce mot ?) en saroual (je caricature).

Tu écris « Newly vegan » sur Instagram : est-ce que tu étais végétarienne avant, ou as-tu fais une transition vegan rapide ? 

Je dois avouer que j’ai alterné de nombreuses phases alimentaires.

Régimes drastiques, pesco-vegetarisme, veganisme puis reconsommation de charcuterie à outrance…

À chaque fois j’étais motivée, mais au fond je savais que j’allais rechuter. Il me manquait quelque chose, je n’arrivais pas à résister, à renoncer aux coutumes, aux partages des recettes familiales qui ont créés nos souvenirs d’enfance…

Ce qui est sûr, c’est que la culpabilité de consommer des produits carnés et laitiers ne m’a plus jamais quitté.

Je me suis beaucoup renseignée sur le sujet et j’ai découvert que le véganisme n’était pas seulement la solution à la souffrance animale mais une issue écologique et un merveilleux atout santé. C’est l’association de ces trois aspects : éthique, environnemental et santé qui m’a définitivement convaincu.

Aujourd’hui je ne salive plus devant un tranche de saucisson.

Tu me parlais de « coming out végétal » … Tu ne l’as pas annoncé autour de toi? 

Pas vraiment, du moins pas de manière officielle.

Mon entourage proche est au courant mais jusque là j’essayais d’esquiver la question.

Penses-tu que ça peut-être mal perçu? 

C’est certain. Je me suis déjà heurtée à des déceptions ou des réactions très excessives.

Aussi, je suis tellement convaincue par ma démarche que j’ai du mal à garder mon calme face aux opposants à la cause.

C’est douloureux d’entendre de la bouche des gens qu’on aime ou qu’on apprécie : « moi je m’en fou de la cause animal » ou « de toute façon l’écologie on sera plus là pour y voir »… Cela crée un malaise j’essaie d’éviter.

Néanmoins, je suis convaincue que pour faire avancer les mentalités il faut ouvrir, alimenter les dialogues, créer des débats, échanger nos points de vue. Omnis, veggies et vegans peuvent partager leurs idées en bonne intelligence.

Pourquoi as-tu commencé à poster des recettes sur Instagram?

J’ai toujours aimé cuisiner. Avec ma transition j’ai découvert tout un tas de produits et saveurs non explorées.

C’était comme si j’avais toujours voyagé au même endroit et que tout à coup je découvrais un nouveau monde.

Ultra enthousiaste avec mes découvertes culinaires, je partageais mes photos avec une amie vegan (une avant-gardiste en la matière).

C’est elle qui m’a conseillé de me lancer en me disant que mon contenu serait susceptible d’intéresser des gens.

Je me suis prise au jeu ! Cette communauté regorge de gens passionnés et motivés (comme toi Mélanie en Véganie), c’est très plaisant d’en faire partie!

Qu’est ce que ça t’apporte au quotidien ce changement d’alimentation?

Tellement de chose ! Je me sens propre de l’intérieur.

Terminé le bicarbonate de soude après la fondue savoyarde.

Je n’ai plus de sang sur les mains !

the vegan colibri

Est-ce que le véganisme représente des contraintes? Des difficultés? 

Je ne trouve pas que ce régime soit contraignant, c’est la société qui le rend ainsi.

Lorsqu’on est à l’extérieur il n’est pas toujours facile de trouver des alternatives (bien que les choses évoluent c’est certain).

Ceci étant je n’hésite plus à demander des assiettes sur mesure et mes requêtes sont toujours bienvenues.

Comment est ce que tu nourris ta fille ? Quelle place a ton régime alimentaire dans son éducation ?

Ma fille mange comme moi. Je me suis beaucoup torturée l’esprit pour savoir quel comportement je devais adopter face à elle.

J’ai finalement décidé de lui laisser le choix. Elle mange vegan à la maison mais consomme des produits laitiers et carnés à la cantine ou à l’extérieur si elle le souhaite.

Quand elle me demande pourquoi je ne mange pas comme les autres, je lui explique que je ne veux pas blesser les animaux.

Elle me questionne beaucoup et comprends déjà. Mais il est délicat de trouver les bons mots.

Je lui laisse se faire sa propre opinion, ses expériences et je suis à peu près certaine qu’elle suivra naturellement ma voie.

Que penses tu des compléments alimentaires ? (Type B12?)

Je n’ai pas vraiment de position car je suis peu renseignée sur le sujet.

Je prends de la B12 une fois par semaine.

Certains puristes du veganisme sont opposés aux compléments alimentaires mais pour ma part je n’y vois pas d’objection.

Quelle est ta position face au régime omnivore ? 

Aujourd’hui je sens comme un décalage avec les omnivores; le véganisme ce n’est pas seulement un régime alimentaire c’est presqu’une religion.

Il m’est difficile d’entendre leurs arguments bien que le débat soit intéressant.

Mais selon moi : « on ne peut pas bien faire quelque chose de mal » (Citation de L214).

Je respecte néanmoins tous les régimes alimentaires car il y a encore peu de temps je consommais des produits carnés.

Mon amie Kelly (l’avant-gardiste vegan) m’a dit un jour « je donne des petites graines, libre aux gens de les faire pousser ».

C’est ma philosophie.

Un conseil pour se lancer ? 

Tous ceux qui ont sauté le pas ont des histoires différentes.

Pour ma part c’est l’accès à l’information qui m’a ouvert les yeux. Nous avons tous consommé des produits carnés depuis l’enfance sans nous interroger sur cruauté de ce système. Les coutumes et les manipulations des lobbies ont tout fait pour nous confiner dans un cocon d’ignorance. Aujourd’hui nous avons accès à ces vérités cachées.

Je pense que les gens qui ont la tête bien construite et un minimum de sensibilité seraient tous affectés s’ils avaient réellement conscience de la cruauté que l’on nous cache, de ses conséquences sur notre santé, sans parler de l’impact environnemental.

Je dirais donc que pour se lancer il faut s’intéresser à la démarche dans sa globalité.

Qu’on soit vegan, végétarien ou même flexitarien, chaque pas est un progrès, tout le monde a la responsabilité de faire « sa part » d’effort.

C’est le fondement même de la théorie du colibri 😉

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