0
Interviews

Interview en Véganie #9 – @Bloop Humour Vegan

mai 12, 2021

Aujourd’hui en Véganie, j’interview @Bloop Humour Vegan, dont le militantisme pour la cause animale prend le biais de memes sarcastiques sur Instagram.

De manière anonyme, Bloop met en lumière les contradictions  de notre société dans ses habitudes de consommation de viande.

Avec déjà plus de 500 publications à son actif, adressant actualités et préjugés, le compte fait beaucoup réagir sur les réseaux.

 

Qui es-tu en quelques mots ?

Un carencé qui a décidé d’utiliser l’humour pour militer.

Je suis Végane depuis environ 3 ans. J’ai été végé avant, j’ai dû stopper la viande courant 2016.

Quel est l’élément déclencheur de ton changement d’alimentation ?

Un stand L214, j’étais à l’époque bénévole à la SPA.

En discutant avec une animatrice du stand elle m’a demandé si ce n’était pas bizarre de manger un sandwich à la viande de cochon tout en « aidant » les chiens et les chats…

Bien entendu je lui ai expliqué que j’avais des canines et que j’étais un grand prédateur

Après j’ai commencé à regarder les vidéos L214, à faire mes recherches sur la production de foie gras etc…

Je savais tout ça, ou en partie, mais je préférais l’ignorer et continuer dans le confort du déni.

Quelle est la meilleure définition du véganisme selon toi?

Vivre et laisser vivre.

Vous vous demandez si la pêche de loisir c’est acceptable, si le miel « ça va », si le lait c’est naturel ?

La réponse est simple, non.

Un animal n’est pas un jouet, un objet de divertissement, une ressource ou un ingrédient. Foutons-leur la paix !

Quel est le but de la page instagram bloop.humour.vegan ?

Peu d’instagrammeurs le savent mais je suis « originaire » de Facebook.

À la base le compte Insta était juste pour mettre à disposition certaines de mes images pour des connaissances.

Puis il y a quelques mois j’ai décidé de « bosser » sur ce compte, de l’alimenter régulièrement et de faire des storys.

Donc pour répondre à la question, le but est de faire réfléchir avec humour, faire passer des messages et proposer des « outils » visuels non-violents.

Pourquoi souhaites-tu rester anonyme ?

Je ne sais pas si ce serait vraiment une valeur ajoutée, je fais ça pour les animaux, pas pour voir ma tête sur les réseaux…

Comment est reçu le sarcasme sur le veganisme ?

Dans l’ensemble assez bien.. bon il y a toujours des coincés mais c’est comme partout.

Comment réagi ton audience?

Positivement, et les gens aiment beaucoup l’autodérision.

Après je pense que ceux qui aiment pas quittent la page.

Est ce que tu as des réfractaires ?

Un peu. En fait, un végane qui se moque des véganes ça fait « rire » tout le monde.

Mais un végane qui se moque des végétariens, ça coince.

Pourquoi ? Parce qu’ils sont « en transition » et ce n’est pas constructif de les tacler et de saper les efforts.

Même si je pense que chaque stade de la transition devrait savoir rire de lui-même et se remettre en question.

C’est pour ça que j’évite de me moquer des végétariens, mon but n’est pas de les oppresser, mais de les encourager.

Quelle est ton approche vis à vis des gens qui n’ont pas d’intérêt envers cette cause ? 

Que chaque personne non-végane peut potentiellement le devenir une fois qu’elle aura ouvert les yeux et étudié le sujet.

Les gens avancent tous les mêmes arguments, on voit que la société construit un véritable moule.

On ne peut pas parler de véganisme sans entendre parler du lion-prédateur, du cri de la carotte, des canines, des carences et j’en passe.

Les gens pensent détenir des arguments en béton, mais ils ne font que régurgiter les idioties habituelles.

C’est le moment de parler de l’effet Dunning-Kruger je pense (ndlr : les moins qualifiés dans un domaine surestiment leur compétence).

Une fois ces balivernes éloignées, quand on pense aux souffrances provoquées par nos choix alimentaires, on ne peut pas faire autrement qu’évoluer vers un mode de vie plus respectueux des animaux et de la planète.

C’est compliqué de remettre en question une vie d’habitudes alimentaires et de certitudes, faut du courage et du temps, mais ça se fait !

Comment se positionne ton entourage vis-à vis de ce choix? 

Ça n’a pas été facile mais en même temps ma transition a pris plusieurs mois, donc ça n’a pas été si brutal que ça.

Ensuite j’étais déjà autonome avec un job et mon domicile, donc seul maître de mon frigo.

Ça aurait été plus compliqué si j’avais végétalisé mon alimentation en étant ado, chez mes parents ou pendant mes études avec l’internat etc…

Un truc qui peut choquer avec son entourage c’est que des gens qu’on estime raisonnables, sensés, éclairés… nous sortirons presque systématiquement la panoplie d’arguments habituels.

Mais il ne faut pas négliger l’effet de contagion, chaque végane oblige son entourage à s’interroger et remettre des choses établies en question.

Des gens persuadés qu’il est NECESSAIRE de manger de la viande pour survivre, quand ils voient que ça fait 1, 2, 3 ans que tu ne manges pas de viande, pas de poisson, pas de lait… forcément ça les force à se questionner.

J’ai vu beaucoup de pages vegan sarcasm qui viennent des Uk ou US est-ce que tu trouves que ces pays ont de l’avance sur la France sur ces sujets? Si oui est-ce que tu as une explication ?

Je pense que oui clairement, surtout pour l’Angleterre. Mais la culture de la viande reste très présente tout de même.

J’ai eu l’occasion d’échanger avec des véganes Espagnols ou Anglais, la pression anti-végane des médias semble moins présente chez eux.

Les médias ne ressortent pas tous les 4 mois la seule et unique histoire de bébé mort ou de pseudo-végane qui remange de la viande… et les lobbys de l’exploitation animale sont bien copains avec les politiques français !

Quand on voit le tôlé provoqué par les menus sans viande à Lyon et la réaction des « ministres » sur les réseaux sociaux, digne de n’importe quel idiot pro-viande. La honte.

La transition est plus simple chez eux car ils n’ont pas cette forte addiction au fromage, qui est un véritable pilier de l’alimentation française.

Enfin maintenant on trouve pleins de fauxmages très sympas, les prix piquent un peu mais petit à petit avec l’augmentation de la demande ils vont pouvoir les baisser… et puis on peut le faire soi-même.

Quels sont les éléments qui peuvent faire avancer ce sujet ?

L’information et l’éducation bienveillante.

Il y a encore trop de politiques de l’ancienne génération pour qu’on avance réellement, des épaves d’un temps révolu, pro-chasse pro-viande pro-corrida

Quand du sang neuf, conscient des urgences, sera au pouvoir, on pourra espérer avancer un peu plus vite.

Il faut aussi que les gros industriels s’engagent. C’est selon moi utopique de faire avancer la cause en excluant des groupes qui brassent des milliards de dollars.

Oui c’est cool que des petites entreprises fassent du fromage végane ou des steaks de haricots, mais si on veut toucher le plus grand nombre il faut des poids lourds de l’industrie dans le coup.

Si des entreprises qui brassent des milliards dans le business de la viande (et autres POA) végétalisent leur offre, c’est bénéfique pour les animaux.

Dans tous les cas ils génèreront un chiffre d’affaires, que ce soit avec de la vraie ou de la fausse viande, autant ce que ce soit avec de la fausse.

Pour donner un nom, je n’irai pas manger un Mac Tofu par exemple, mais je suis content que les gens qui vont dans ces « restos » puissent avoir le choix.

Ou que d’autres véganes puissent accompagner des amis et avoir ce choix (c’est comme le dessin d’Insolente Veggie avec le paquet de bonbons véganes !)

 

insolente veggie

Les BD d’Insolente Veggie

Dans tes visuels, tu évoques des parallèles avec des évolutions/ innovations et les personnes qui sont contre ces innovations dans un premier temps. Puis ces innovations deviennent choses acquises (l’électricité, la voiture etc…)… Peux-tu expliquer en quoi le véganisme est une innovation/évolution ? 

Le véganisme est une nécessité pour sauvegarder notre planète des dégâts des humains et pour offrir aux animaux un monde dans lequel ils ne sont pas des produits, mais des voisins avec qui on doit cohabiter.

« Ne doutez jamais qu’un petit groupe d’individus conscients et engagés puisse changer le monde. Car, historiquement, c’est toujours de cette façon que le changement s’est produit ! » (Margaret Mead)

Pourquoi les gens s’opposent-ils si fortement à cette cause qui de notre point de vue n’a que des avantages ? 

L’ignorance et la peur du changement.

Je pense qu’il est essentiel que les véganes se souviennent du chemin parcouru.

La personne que j’étais il y a 10 ans n’est pas celle que je suis maintenant.

Quand un collègue m’avait invité à une raclette il y a quelques années en me proposant de la charcuterie au seitan, j’avais tiré la tronche.

Je ne comprenais pas qu’on puisse manger « ça » avec une raclette.

Il était très sympa, un peu timide, et n’avait pas osé trop entrer dans le débat. Il avait juste dit qu’il ne mangeait pas de viande.

Avec le recul, je me dis que s’il avait été plus militant et franc, j’aurais peut-être gagné quelques années sur ma transition.

Des ressources à conseiller ? 

1) Se faire plaisir et s’amuser en cuisinant

La petite Okara à suivre sur Instagram/YouTube.

Je regardais « juste » ses vidéos cuisine qui sont très intéressantes, mais elle fait beaucoup d’autres contenus informatifs et en suivant ses storys on voit que c’est réellement une belle personne.

2) S’informer et savoir de quoi on parle

Florence Dellerie, sa vie son œuvre en général, mais surtout des fiches pratiques qui sont des condensés d’informations utiles

3) Savoir pour qui on le fait

Le documentaire Terriens (Eathlings), disponible sur YouTube avec une narration de Maxime Ginolin.

Honnêtement je n’ai pas réussi à le finir.

Je pense qu’il n’est pas nécessaire pour des véganes de s’infliger ces images… vous êtes déjà véganes, c’est bon vous savez pourquoi vous le faites.

Mais pour les gens qui croient encore aux contes de fées des animaux qui sont heureux de mourir et qui sont là pour nous nourrir, regardez ce documentaire et regardez votre morceau de viande en repensant à leurs yeux dans le couloir de l’abattoir.

Un conseil pour quelqu’un qui souhaite se lancer mais qui ne sait pas par ou commencer ?

Demandez-vous à qui appartenaient les morceaux de corps présents dans votre frigo et votre congélateur.

Ce qu’on vécut ces animaux qui ne possédaient qu’une chose, leur vie, qu’on leur a volée pour satisfaire un appétit.

À partir de là dites-vous que vous n’êtes pas sur une île déserte ou au paléolithique à devoir chasser pour survivre.

On vit dans une société avec une profusion indécente de choix autres que la viande et les produits d’origine animale.

Des fruits, des légumes, des légumineuses, des céréales, on trouve de tout partout.

Tu n’aimes pas le tofu ? 1) ça se cuisine et il en existe des tas de variétés; 2) c’est pas grave tu peux manger autre chose.

Tu ne veux pas manger tel ou tel truc parce que ça vient de l’autre bout du monde ? 1) il est probable que ton café, tes bananes et ton téléphone viennent également de l’autre bout du monde; 2) C’est pas grave mange autre chose.

Tu ne veux pas manger de produits véganes transformés ? 1) tu manges déjà surement des tas de trucs transformés qui ne te posent pas de problème de conscience; 2) tu peux acheter des lentilles et des légumes, c’est très bon, ça fait bosser les producteurs locaux et comme ça tu fous la paix aux animaux.

You Might Also Like

No Comments

Leave a Reply

%d blogueurs aiment cette page :